Rédiger, ça s'apprend

Passer le cap de la page blanche

SPRI, vous connaissez (prononcer « Esprit »…) ? Non ? Et si on se servait de la méthode SPRI pour pour écrire ce petit billet  ? Accrochez-vous, c’est parti on s’élance…

(S) Qui n’a pas été confronté au « syndrome de la page blanche » ? Vous savez, cette situation où l’on doit formaliser une pensée et la coucher sur le papier (ou autre email, communiqué…). Les idées sont là, on sait où l’on veut en venir mais (P) rien ne sort : on ne sait pas par quoi commencer et bizarrement toutes nos idées s’entrechoquent au point qu’aucune ne parvient à prendre le dessus…

(R)Pour passe le cap, il existe des techniques, parmi lesquelles les « modèles d’articles ». Je vous en présente un basé sur la méthode SPRI : en suivant cette méthode dont l’article que vous lisez un exemple, on simplifie notre pensée en la focalisant sur des tâches simples, organisées dans un ordre logique de présentation.Bref, quelque chose qui ne nécessite pas d’effort intellectuel (C’est peut-être ça qui me plait finalement ^^), en tout cas pour les trois premières étapes…

(I) Mais alors SPRI, qu’est-ce que donc que c’est-il que ça cache, ces lettres là ? Et les gagnants sont  : S pour Situation, P pour Problématique, R pour Résolution, I pour Informations.

Comme vous le voyez, ici tout est tangible : il suffit ici de décrire une situation de manière à en faire ressortir les problématiques, puis d’y apporter ses solutions, pour enfin expliquer en détail comment on a procédé sur quels éléments on s’est basé. Ah ben tiens, puisqu’on y est (dans la partie Information), je vais pouvoir vous en dire plus : la méthode SPRI semble avoir été germé dans les travaux de François Richaudeau, dans les années 70, pour être formalisée par Louis Timbal-Duclaux dans son livre « la Méthode SPRI » (1983). Cette méthode plutôt nouvelle est complètement alternative à la méthode « thèse-anti-thèse-synthèse-conclusion » dont l’Education Nationale nous gratifie depuis des décennies. Et ses résultats, à contexte égal, sont complètement différents. Pour utiliser une allégorie : nos anciens nous forment depuis nos plus jeunes âges à être capables de nous « projeter  » de l’autre côté de de la rivière, pour contre-peser notre pensée ; Ah! La dialectique, qu’est-ce qu’on en mange depuis qu’on est petits…

Bien souvent finalement, le but de l’exercice dialectique qui est le fondement de nos méthodes de pensées actuelles est de se positionner de manière nuancée et « en connaissance de cause » (merci l’antithèse…) par rapport à la rivière. A l’inverse, la méthode SPRI est moins spéculative, plus tournée vers l’action : ici on ne cherche pas à se positionner spirituellement au terme de projections de l’esprit, mais plutôt à partir d’un point (la situation que l’on va décrire) et de voir ce que l’on peut y apporter d’améliorations. Vous l’aurez compris, La méthode SPRI est demandeuse de solutions applicatives, là où la méthode traditionnelle se contente d’interroger, de faire appel à l’intelligence… Pour continuer dans l’allégorie : SPRI attend de vous de construire un pont si votre but est de traverser la rivière ou un bateau si vous voulez naviguer, quand le plan dialectique ne vous demandera que de vous positionner afin de « prendre une décision ».

Pour aller plus loin…

Mais alors, cette ‘dialectique’, c’est peut-être pas si bien pour nos enfants ? Ça ne risque pas au final de faire d’eux des gens certes fins et subtils, mais doutant de tout, peu tournés vers l’action et assez incapables de penser qu’on peut peut-être réfléchir d’une façon plus positive ? Çà se défend… Mais avec un peu d’observation sur nos comportements, j’ai quand même ma petite idée…
qu’offre la dialectique,Pour ce que j’en pense, la dialectique se retrouve fortement pervertie de nos jour ; elle revient trop souvent à « défendre une position » tout en « faisant semblant » d’intégrer l’autre point de vue… De plus, désormais régulièrement appuyée par la rhétorique, la dialectique devient même un outil de propagande redoutable, qui vous laisse croire que vous êtes sensé puisque vous pensez, et que vous pouvez (devez) décider.

Je crois pour ma part que ce n’est pas en se projetant intellectuellement « de l’autre côté de la rivière » que l’on peut en saisir une réalité alternative si juste qu’elle nous permettra de nuancer notre point de vue… Pour moi, le « recul », la « prise de hauteur », qu’offre la dialectique, cela doit relever de l’ordre de « l’état d’esprit » plus que de la méthode. Pour moi, pragmatique devant l’Éternel ^^, pour vraiment avoir un bon point de vue de l’autre côté de la rivière, le mieux est encore de s’y rendre, et encore… Même de l’autre côté de la rivière, on ne voit qu’au travers de ses propres « filtres » de pensée ! Pire : imaginons qu’on y parvienne, nous nous retrouverions dans une situation bien flatte, car finalement, bien souvent les deux points de vue, si antinomiques qui fussent, se valent dans leurs propres réalités, rendant impossible, de fait, toute prise de position, de décision… Et puis, imaginons que la vérité, c’est qu’il n’y a pas de sens à trouver au choses…

Pour aller encore plus loin…

Pourquoi privilégier la dialectique depuis la nuit des temps  ?

Je pense que ces mécanismes de la pensée sont liés à nos cultures originellement religieuses : il y a derrière nos comportements le background de plusieurs milliers d’années de civilisation mono-déiste à tendance dualiste : Le bien contre le mal, rien au milieu, et une seule vérité détenue par un Dieu unique… D’autres dogmes envisagent que le bien et le mal puissent être entre mêlés, d’autre civilisations encore n’envisagent pas la dualité : si l’on conçoit l’humanité autrement que par un combat mystique du bien contre le mal, on ne voit aucun intérêt à aller combattre son voisin. Et si finalement, chacun restait de son côté de la rivière ? Et si, encore mieux on partait du principe qu’on était tous dans la rivière ?

C’était quoi déjà, le sujet de cet article ?

Finalement, quand bien-même elle soit basée sur le pragmatisme, cette méthode a beaucoup d’SPRI…